La féminité

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Ceci sera un article assez long, personnel et fourre-tout.
Vous êtes prévenus.

Il y a peu Lyne De La Vallière a fait une vidéo sur La Mort de la mode Harajuku, suite à cette vidéo il y a eu un petit débat dans les commentaires de son statut Facebook et cela m’a donné envie de parler Fem et Lolita.
Mais je me suis rendue compte que le rapport entre tout ça était assez complexe et personnel aussi ai-je décidé de faire un article plus complet sur la féminité avec des balises d’ancrage et un sommaire comme on aime.

Sommaire :

 

Une fem transsexuelle (sans vampires)

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Pour commencer vous allez devoir vous souvenir provisoirement que je suis une femme trans car à ce sujet il y a trois trucs qu’il faut aborder.

D’abord ce que certaines appellent la seconde adolescence. Un terme qui sert à désigner une période post coming out où certaines femmes trans ont tendance à tester leur look et leur féminité. Je suis mitigée sur ce terme mais il va nous permettre de désigner chez moi une période de 3 ans (2009-2012).
En 2009 je faisais mon coming out. Les années 2010 et 2011 ont été assez difficiles pour moi. C’est aussi une période où j’expérimentais ma féminité.
Comme je viens de le dire je suis mitigée sur le terme de seconde adolescence même s’il y a un côté un peu enfantin à réapprendre à jouer avec son image je trouve qu’il y a un côté réducteur et un peu péjoratif (ramenant à l’idée de crise qui passera en grandissant).

Ensuite il y a quelque chose de magique quand on est une femme trans :
Quand on exprime sa féminité : on perd.
Quand on ne l’exprime pas : on perd.
Dans le premier cas on sera considéré comme une usurpatrice avec une vision stéréotypée de la féminité. Dans le second ne pas exprimer sa féminité sera considéré comme une preuve que nous ne sommes pas vraiment des femmes.
Ca créé une forme de tension, on reste sur nos gardes, on a l’impression de toujours être suspecte, de toujours en faire trop ou trop peu et de toujours être une usurpatrice.

Enfin il y a la notion de passing.
Le passing est une notion subjective qui fait qu’on est perçue comme une femme.
Je ne saurais qualifier mon passing. Je dirais qu’il est assez moyen, plutôt bon de manière générale mais paradoxalement moins bon dès que j’exprime ma féminité.

Ces trois choses (entre autres) font que mon rapport à la féminité est assez compliqué.
Pour paraphraser King Kong théorie (Virginie Despentes) je suis une prolote de la féminité. Mais de mon côté ça me fait chier de devoir arborer un look plutôt neutre et de ne pas pouvoir m’exprimer par la féminité sans me mettre en danger.

 

Une fem de la campagne

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J’ai le sang bleu, pas celui de la royauté mais celui des ardoisières.
Je suis une fille du segréen. Comme beaucoup de gens dans le coin j’ai eu des grands-parents et arrière grand-parents qui ont travaillé dans les mines (d’ardoise ou de fer). Mon père était ouvrier en usine, ma mère a été caissière (et plein d’autres petits boulots).
Ca c’est pour donner une idée du cadre dans lequel j’ai vécu jusqu’à mes 19 ans.

Pendant une dizaine d’années j’ai vécu sur Angers et il y a un an je suis revenue dans mon petit coin de campagne.

Alors pour beaucoup ce constat ne sera pas étonnant mais la façon dont on exprime sa féminité dans une grande ville (ou moyenne, à vous de voir comment vous voyez Angers) n’est pas la même qu’en campagne. Autant du point de vue du look que du point de vue du comportement.

Sans titreLe mouvement de libération transgenre
Leslie Feinberg

Je vis actuellement en campagne, dans un milieu plutôt ouvrier.
Ici l’expression de la féminité est plus rare, moins marquée.
D’un côté ça m’arrange. Je m’enfonce dans une déprime depuis des années. Cette déprime fait que j’ai du mal à m’apprêter, je ne me vois pas me maquiller au quotidien et souvent j’adopte l’ensemble rangers-jean-t-shirt-pull (en fonction des saisons) mais ici ça passe mieux. En campagne ce genre de tenue « pratique » est moins connotée comme masculine. Le problème c’est que ça n’arrange pas vraiment ma déprime et l’image négative que j’ai de moi.

 

Une fem dans le cosplay

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Dans le cosplay on a deux discours qu’on retrouve souvent mis en avant.
D’abord l’incantation magique « cosplay is for everyone » prise comme un fait plutôt que comme un but à atteindre. Cela sert à faire disparaître tout problème (et toute critique) dans la communauté.
Ensuite un discours qui explique à quel point le cosplay a été positif pour l’estime personnelle, presque un anti-dépresseur. Un discours tellement populaire qu’on en arrive à voir des personnes dans les normes de beauté faire un post pour expliquer à quel point cela leur a permis d’aimer leur corps.

Le cosplay n’a rien eu de positif dans ma vie.
Insultes, moqueries, isolement, mégenrage… Des comportements parfois encouragés par des personnes (ou groupes) influentes dans la communauté francophone. Et à chaque critique le même refrain : « si cela ne te plait pas dégage ».
Alors à force j’ai compris que ce n’était pas pour moi. Ce « loisir » ne pouvait que me renvoyer à la gueule ma monstruosité. Quasi personne pour me soutenir (surtout si cela demande un engagement réel) et des larmes à la plupart des conventions, ce n’était pas viable.
Le Cosplay a participé à la destruction de mon estime personnelle et au fait qu’au quotidien j’ai eu de plus en plus de mal à affirmer ma féminité, préférant adopter des looks neutres.

 

Une fem lolita

XDSC_52462017 (photo par Swan)

Avant-propos :

Le lolita est un style vestimentaire japonais s’inspirant des modes européennes des époques rococo et victorienne (plus d’informations sur le style lolita ici).
C’est un style avec un public principalement féminin et comme ici je vais parler des lolitas en tant que communauté, comme un groupe social, je vais considérer que le féminin l’emporte et ignorer les rares hommes qui s’y intéressent.
De même je précise que je n’ai rien contre les hommes en tant qu’individus (promis-juré) mais qu’en tant que groupe social j’ai toutes les raisons de m’en méfier, d’en avoir peur et de les considérer comme un potentiel danger pour moi.

Premier contact :

et-l-extraterrestre-banniereImage non contractuelle.

J’ai fait mon premier meeting lolita fin 2015.
Je me sentais gauche et je ne connaissais personne. Pour moi qui angoisse facilement c’était une petite épreuve et jusqu’au dernier moment j’ai hésité à ne pas y aller. Une fois sur place j’ai été plutôt bien accueillie.
Ca a été une journée vraiment agréable pour moi et j’en garde un bon souvenir.
Depuis chaque événement autour du style lolita m’aide à me sentir mieux et à affirmer un peu plus ma féminité (y compris dans mon look de tous les jours).
Bien sûr j’ai encore du chemin pour arriver à un point où je me sente bien dans ma peau, assez sûre de moi, ne plus me retrouver stressée lorsque je vais à des événements lolita, ne pas me sentir monstrueuse au quotidien, mais il y a déjà du positif.

Lesbianisme politique, préférer les femmes dans ses interactions sociales :

Asami_Sato(Je sais, elle est bie, mais : Asami ♥ )

Être fem ne se résume pas à être féminine, à la base on parle de fem dans le cadre d’un couple Butch-Fem mais on l’accepte aussi dans un un cadre plus général lesbien.

Tant mieux car pour ce qui est du couple c’est pas trop vers moi qu’il faut chercher, cela fait des années que je suis célibataire, je ne pense pas que cela va changer bientôt et à vrai dire le célibat me convient plutôt bien.
La sexualité ne m’intéresse pas vraiment, je trouve ça chiant.
Et je trouve les articles « pro-sexe » qui essaient de présenter la sexualité comme un acte de révolution féministe encore plus chiants.

Personnellement je préfère voir mon lesbianisme comme la façon dont j’interagi avec les femmes en général que le réduire à une histoire de sexualité. Ce qu’on pourrait appeler du lesbianisme politique si ce terme avait encore un sens.
Je préfère les femmes. Cela vaut en amour, en amitié, quand je vais chez le médecin, quand je dois acheter des fringues…

Comme dit dans l’avant propos cela ne m’empêche pas d’avoir des hommes comme amis mais je me sens toujours plus en sécurité avec les femmes. Aussi le fait que le lolita soit une communauté principalement féminine me rassure un peu.

Esprit de compétition :

Applejack_and_Rainbow_Dash_hoof_wrestling_S1E03La bagarre !

Nous grandissons toutes (et tous – mais ceci est une autre histoire Bastien) dans une société misogyne qui nous pousse à haïr et dénigrer les femmes ainsi que ce qu’on associe à la féminité.
De ce fait les Femmes ne sont pas vraiment éduquées à l’entre-aide mais plus à se rabaisser mutuellement et à être en compétition. A côté de ça il est fascinant de voir que les mecs sont prêts à se soutenir et s’entre-aider, parfois même entre « ennemis ».

La compétition entre femmes je l’ai rencontré dans pas mal de milieu, dans le cosplay (même si là il y a un côté compétitif général), mais aussi dans des milieux militants et – plus étonnamment – dans des milieux se revendiquant féministes.
En tant que fem je trouve qu’il est important d’aller contre cette éducation à la compétition entre femmes. C’est à dire apprendre à ne pas dévaloriser les autres et aller autant que possible dans l’entre-aide.

Cet esprit de compétition je ne l’ai pas rencontré dans le lolita.
Ca ne veut pas dire qu’il y est absent. Peut-être est-il juste moins visible que dans d’autres communautés. Peut-être en ai-je été épargnée pour l’instant. Peut-être encore est-ce propre à la communauté ouest (et plus particulièrement nantaise). Je ne sais pas mais vu la mauvaise réputation de la communauté lolita (et de Georges Brassens) c’est agréable d’avoir été détrompée.

Pour ce qui est de l’entre-aide plusieurs lolitas m’ont déjà fait part du fait qu’elles étaient toujours ok pour donner des conseils, accompagner des débutantes. Et j’ai pu voir cela en pratique lors d’une convention où certaines d’entre-elles ont pris contact avec une jeune lolita et essayé de la conseiller.
Par peur de déranger je n’ai jamais trop profité de cette possibilité d’entre-aide (de rapides conseils de lolitas et quelques autres de vendeuses – qui pour le coup faisaient leur travail) et j’ai préféré tâtonner de mon côté et voir ce qui me convient ou non. Mais savoir qu’il  y a cette possibilité d’entre-aide me fait plaisir en tant que fem et que lolita.

Le regard masculin :

002f8d58On voit que je mets un peu des images random ?

– Dis K6, c’est quoi le male gaze ?
– Tu vois ce plan de film avec une femme vue de dos, gros plan sur ses fesses  ? Eh bien, ce plan n’a aucun intérêt sinon flatter le regard d’un homme hétérosexuel. C’est ça, le male gaze et ça fait genre a tout un article sur le sujet. Par contre ici je vais plutôt parler de regard masculin.

Un des problèmes quand on est fem c’est de vouloir s’affirmer dans une féminité qui ne corresponde pas aux attentes du regard masculin. C’est impossible si on tient compte qu’il y aura toujours des mecs pour nous voir comme un objet de désir sexuel. Heureusement (comme je l’ai dit dans l’avant-propos) on parle de groupe social et le regard masculin dont je parle fait référence à ce qu’attendent généralement les hommes hétérosexuels, en tenant compte qu’on peut toujours trouver des cas particuliers (surtout si on tient compte des fétichistes creepys).

Le lolita répond-il aux attentes du regard masculin ?
C’est une question à laquelle je ne sais pas vraiment répondre. J’aurais tendance à dire que non. Selon moi il y a dans le lolita un côté trop marginal pour plaire aux attentes du regard masculin.
Mais c’est vraiment une question qui me pose problème. Car si je pense que le lolita est trop marginal pour plaire au regard masculin on y trouve quand même un côté femme-enfant qui correspond à ce regard masculin (il suffit de voir l’argumentation des défenseurs de Roman Polanski pour voir que les hommes n’ont aucun problème a voir une fille de 13 ans comme attractives sexuellement).

Féminité et futilité

20638809_1250404218422455_1872399561918124717_nRobe faite main en juin 2017

Que le lolita corresponde ou non aux attentes du regard masculin c’est un style que je ne peux pas rejeter car il me permet de penser une féminité pour moi-même.
C’est une chose que l’on peut critiquer mais quand on est ravagée niveau estime personnelle et confiance en soi je considère qu’avoir une chose pour apprendre à s’aimer n’est pas négligeable.

Comme beaucoup d’intérêts majoritairement féminins le lolita est souvent présenté comme une chose superficielle.
En tant que fem j’essaie de ne pas déprécier ce qu’on associe habituellement à la féminité, de ne pas considérer les centres d’intérêts « féminins » comme stupides. Et c’est une chose plutôt facile à faire.
Les productions autour du lolita montrent vite qu’il y a une certaines profondeur et que s’intéresser à ce style vestimentaire n’est pas un signe de futilité. Et j’espère que le texte que je vous propose ici finira de vous convaincre que s’intéresser au lolita ou à d’autres choses considérées comme féminines n’est pas signe de stupidité et de futilité.

 

 Conclusion

Exprimer sa féminité quand on est une femme trans lesbienne n’est pas simple. Surtout quand certaines choses mettent à mal notre confiance.
Heureusement j’ai trouvé avec le lolita une chose qui me convient et qui m’aide.
Je ne dis pas que ce sera valable pour toute femme ayant des problème de confiance en soi et n’arrivant pas à exprimer leur féminité telle qu’elles l’aimeraient.
De même il est possible que le lolita soit ce qui me convient aujourd’hui mais que cela ne m’aurait pas convenu si j’y étais arrivée plus tôt. Et il se peut que d’ici quelques années cela ne me convienne plus. S’il y a une chose que je retiens de ma mauvaise expérience avec le cosplay c’est qu’il ne faut pas se forcer et qu’une chose qu’on apprécie ne doit pas devenir une corvée douloureuse.

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