Carrie, la sorcière

Je suis une grande amatrice des livres de Stephen King.
Et je pense que vous entendrez souvent parler de lui ici.
J’ai lu beaucoup de ces écrits. Dans ce qui a été publié en français ne me manquent que Revival, Carnets Noirs et Le Bazar des mauvais rêves.
Aujourd’hui voici une reprise de ma critique de Carrie.

Pour commencer petit point prévention :

  • Je vais essayer de ne pas trop spoiler mais je ne peux rien garantir donc si vous n’avez pas lu Carrie ni vu ses adaptations je vous conseille de revenir après avoir lu le livre et au moins vu Carrie au bal du Diable (l’adaptation de 1976 par Brian de Palma).
  • Carrie traite de harcèlement scolaire et de maltraitances scolaires et parentales. Il y a des passages violents et deux viols sont évoqués (mais pas racontés en détails).

sanstitre(Reconstitution : moi lisant Carrie)

Carrie est un roman de Stephen King paru en 1974.

Les personnages

Pour moi ce roman tourne surtout autour de trois personnages.

  • Carrie White, la souffre-douleur.
  • Sue Snell, l’élève modèle.
  • Chris Hargensen, la peste.

Et Margaret White ?
Et Tommy Ross ?
Et Billy Nolan ?
Et Rita Desjardin ?
Ces personnages sont certes intéressants mais surtout par leurs liens avec notre trio de d’adolescentes.

D’abord Margaret White, son rôle est primordial mais pour moi elle est indissociable de Carrie.
Carrie est pitoyable, on a autant envie de la protéger que la secouer. C’est l’extrémisme de Margaret White qui construit le personnage et aide à nous faire éprouver un peu d’attachement pour l’adolescente.
Carrie est tiraillée entre deux univers opposés et dans lesquels elle est brutalisée. Sa mère et une religion virant au fanatisme pour laquelle, en tant que femme, elle est pécheresse de naissance et doit être punie pour ça. Le lycée et le monde « normal », dans lequel elle sort du rang et doit être punie pour ça.
Tommy Ross et Billy Nolan sont les petits amis respectivement de Sue Snell et Chris Hargensen. Et on peut dire qu’une bonne partie de leur rôle est d’être une version masculine de leurs petites amies. C’est un peu moins vrai pour Billy qui se démarque de Chris à partir du bal. J’ai l’impression que les personnages féminins de Carrie se suffisent à elles-mêmes et du coup les personnages masculins que Stephen King a créé pour les accompagner semblent, pendant une bonne partie du roman, n’être que des prolongements .

L’histoire

Carrie est la souffre-douleur de son lycée (voire de sa ville). Elle a 16 ans et alors qu’elle se douche dans les vestiaires du lycée elle a ses première règles. Elle ne sait pas ce qui lui arrive, elle a peur, elle croit qu’elle va mourir et Les filles présentes dans le vestiaire se moquent d’elle.
C’est l’ouverture du roman.

Suite à cet événement choquant Carrie prendra progressivement conscience de son pouvoir et apprendra à l’utiliser.

Rita Desjardin -prof d’éducation physique du lycée- décidera de punir les filles ayant participé à cette moquerie, même si elle les comprend en partie. Dans le livre son rôle s’arrête à peu près là.

Susan Snell acceptera la punition mais un sentiment d’injustice restera ancré en elle. Elle se souviendra de tout ce que Carrie à vécu et décidera de se rattraper. Quand Sue imagine son avenir elle se voit mariée avec Tommy Ross, toujours à Chamberlain, un couple classe moyenne avec un (des) enfant(s), la robe du bal de fin d’année en train de moisir dans une armoire et Sue femme au foyer accrochée à ces vieux souvenirs. C’est franchement pas attirant. C’est en partie pour sortir de cet avenir convenu qu’elle décide de se racheter et d’exiger de Tommy Ross qu’il demande à Carrie de l’accompagner au bal. Tommy fini par accepter car c’est un boy scout (et surtout c’est un peu une coquille un peu vide, copié-collé de Sue).

Chris Hargensen n’acceptera pas la punition et se retrouvera alors privée de bal de fin d’année. Elle décidera de se venger sur Carrie, qu’elle juge responsable de cette injustice. Le livre nous montre que Chris s’en est toujours pris aux canards boiteux de l’école, pas seulement à Carrie. C’est un peu l’archétype de la peste, une enfant gâtée qui semble aimer s’en prendre aux plus faibles. Quand elle proposera à Billy Nolan de l’aider dans sa vengeance il acceptera sans hésiter car comme Chris il semble aimer être cruel (il s’amuse par exemple à percuter des chiens avec sa voiture).

L’histoire se termine mal. On le sait dès les premières pages. Le récit est entrecoupé d’extraits de divers ouvrages autour du “cas White” qui nous apprennent qu’il y a eu des centaines de morts, que Carrie et ses pouvoirs en sont responsables, qu’on lui a joué un sale tour… Mais Stephen King arrive quand même à faire monter la tension jusqu’à l’explosion.
Achetez-le en neuf, ou alors allez voir votre bouquiniste ou empruntez-le dans la bibliothèque de votre quartier/ville/lycée/collège/… C’est un classique de l’horreur et il serait dommage de passer à côté.

Point de vue féministe

On pourrait facilement dire que Carrie est un roman féministe et ça vaut pour d’autres romans de Stephen King (Rose Madder ou Dolores Claiborne par exemple). Personnellement je trouve plutôt délicat de dire qu’une oeuvre est féministe.

Pour Carrie on a des personnages féminins au premier plan et qui sont plutôt intéressants. La réflexion qu’a Sue Snell sur son futur de femme au foyer blanche américaine est intéressante sur ce point là.
On a aussi des personnages masculins plutôt au second plan. Et même si je ne trouve pas ça génial d’avoir des personnages masculins fades, pas très intéressants, parfois caricaturaux (Billy Nolan en salaud sociopathe) je trouve que ça change de voir des personnages féminins plus intéressants que les masculins.

Mais Carrie n’est pas un ouvrage féministe.
Même en s’en éloignant parfois un peu les personnages sont toujours ramenés vers la norme (ou alors punis). Même quand Sue Snell pense à son avenir elle ne cherche pas à en sortir mais juste à faire oeuvre de charité.
De plus Carrie est un archétypique de la sorcière, une femme puissante ne pouvant s’intégrer dans la société, elle essaie mais ne peut pas réussir et au final elle décide de tout détruire. Et le livre parle beaucoup de ce qu’il faudrait faire si d’autres femmes avec des pouvoirs télékinétiques se  révélaient, ce pouvoir féminin est représenté comme une menace incontrôlable.

Carrie a été publié en 1974.
Le roman d’Ira Levin, Les femmes de Stepford, a été publié deux ans avant.
Pourquoi je rapproche ces deux romans?
Car les deux nous présentent des femmes puissantes, agissant par elle-même (ça c’est cool). Mais dans les deux cas ces femmes semblent aussi être des dangers. Des créatures incapables de s’intégrer, destructrices, castratrices qui ont le choix entre rentrer dans le troupeau (abandonnant leur force et leur identité comme dans Les femmes de Stepford) ou de finir par tout détruire (comme Carrie).

Je pense que le but de Stephen King (et d’Ira Levin) est justement de critiquer ce recadrage violent des femmes qui sortent de leur rôle mais n’étant pas télépathe je ne peux pas le certifier. Donc lisez les deux et faites vous votre propre avis.

Adaptations

J’ai lu beaucoup de romans de Stephen King mais j’ai aussi vu beaucoup d’adaptations. Certaines ont mal vieilli mais la plupart sont de très bons films. Et là je vais vous parler des adaptations de Carrie.

  • Carrie au bal du Diable (1976)

C’est la première adaptation du roman de Stephen King, c’est même la première adaptation d’un roman de Stephen King.
Sortie seulement deux ans après le roman.
Si vous ne voulez voir qu’une seule adaptation de Carrie alors regardez celle là. Sissy Spacek et Piper Laurie sont magnifiques dans les rôles de Carrie et Margaret White. La première est pitoyable et terrifiante quand il le faut, on a besoin de temps pour éprouver de l’empathie pour elle (comme dans le livre). La seconde est effrayante comme il faut dans son rôle d’extrémiste religieuse. J’ai dit plus haut que Carrie était un archétype de sorcière mais dans cette adaptation Margaret en est une autre, par le geste et l’apparence. Carrie serait une sorte de sorcière païenne et Margaret une sorcière chrétienne.
Ce film est une référence encore de nos jours, j’avais aimé quand dans un épisode de la série Médium la scène du bal avec le couronnement du roi et de la reine était reprise. Et je trouve qu’aucune autre adaptation n’arrive à l’égaler.

  • Téléfilm Carrie (2002)

Parmi les autres adaptations je trouve que c’est la seule qui apporte un plus par rapport au film de 1976.
C’est un peu remis au goût du jour (Carrie fait des recherches sur ordinateur pour comprendre son don) mais surtout on y retrouve l’idée de commission d’enquête qui intervient dans l’histoire. Ici c’est bien toute la ville de Chamberlain qui est détruite (là ou dans l’adaptation de De Palma ça semble réduit au lycée de Chamberlin et à la maison de Carrie).
Le seul défaut de cette adaptation est le « Happy End »qui casse un peu l’histoire.

  • Carrie, la vengeance (2013)

Pas grand-chose à dire si ce n’est que ce film est un remake de Carrie au bal du Diable. Ce qui m’a fait rire quand j’ai lu récemment sur Wikipédia que la MCM avait annoncé que ce serait une nouvelle adaptation et pas un remake.
On retrouve des scènes très inspirées (pour ne pas dire repompées) de l’adaptation de 1976 qui n’apparaissent pas dans le livre.
Le casting n’est pas mauvais, pareil pour le film en lui-même mais je trouve qu’il est un cran en dessous par rapport au film de 1976 et il n’apporte pas de grande nouveauté.
C’est juste une légère mise à jour.

  • Carrie 2 : La haine (1999)

Alors ce n’est pas une adaptation au sens strict mais la suite de Carrie au bal du Diable et je ne vois pas ce que je peux en dire sinon …
Ca aurait fait un bon petit film d’horreur pour ados si on avait pas lié ça au film de De Palma. Là je pense que quand on a vu Carrie au bal du Diable on ne peux pas apprécier ce film en tant que suite.
Personnellement une adaptation que j’aurais aimée en tant que suite au film de 1976 est un film policier reprenant l’idée de la commission d’enquête sur Carrie White. Avec des scènes de Carrie au bal du diable en flashback et qui pourrait introduire la possibilité d’autres cas de télékinésie proches de Chamberlain.
Là on a eu une nouvelle Carrie (dont j’ai oublié le prénom), et c’est pas génial. Même s’il y a de bonnes idées on est loin du roman de Stephen King.

Conseils de lecture et visionnage :

Pour conclure je redonne la liste de livres et films que je vous conseille dans le texte :

  • Carrie _ Stephen King
  • Les femmes de Stepford _ Ira Levin
  • Carrie au bal du Diable _ Brian de Palma
  • A la rigueur le téléfilm Carrie de 2002.
Publicités

3 réflexions sur “Carrie, la sorcière

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s